La répétition dans les textes littéraires du Moyen Âge à nos jours

Appel à contributions pour un volume collectif

La répétition dans les textes littéraires du Moyen Âge à nos jours

 Sous la direction de Loula Abd-elrazak et Valérie Dusaillant-Fernandes

Si la répétition nous rend malades, c’est elle aussi qui nous guérit ; si elle nous enchaîne et nous détruit, c’est elle encore qui nous libère. […] Toute la cure est un voyage au fond de la répétition.

Gilles Deleuze (30)

 

Non nova, sed nove, ce proverbe latin, qui signifie « pas du nouveau, mais de nouveau », invite à voir la répétition comme une finalité à part entière. La vie est elle-même une perpétuelle répétition. Paradoxalement, la seule expérience qui n’a aucune chance de se répéter c’est la mort. Est-ce dire que la répétition est partie prenante de la vie et, par ricochet, de l’imaginaire ?

La répétition est avant tout une figure de style qui touche à la fois au mot, au phonème, à la phrase et à la structure d’un texte. Pourtant, la sphère de la répétition ne se limite pas aux figures de rhétorique, elle s’étend aux structures mentales sous-jacentes à la création ce qui ouvre le champ primaire de la répétition, celui des figures du langage et des tropes ayant une visée ornementale, à des approches qui relèvent de la philosophie, de la psychanalyse et de l’épistémologie.

La répétition est par nature emphatique puisqu’elle dit, redit et re-redit en plusieurs exemplaires la même idée, le même événement, la même expérience offrant une multitude de perspectives. Ainsi, Le Nouveau Testament n’est, en réalité, que le témoignage de l’expérience christique par quatre différents témoins. Chaque Évangile met l’accent sur le récit de base créant une redondance pour ainsi dire sémantique : aucun des quatre Évangiles ne saurait véhiculer l’expérience christique sans les trois autres. Il s’agit d’un travail de renforcement de la crédibilité du Nouveau Testament, des disciples et du Christ lui-même.  L’importance du nombre des témoins est une idée fortement exprimée dans la Bible : « Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater un crime ou un péché, quel qu’il soit ; un fait ne pourra s’établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins.» (Détronome 19 :15). Cette idée est reprise dans Corinthiens 13:1 : « Je vais chez vous pour la troisième fois. Toute affaire se réglera sur la déclaration de deux ou de trois témoins. » La répétition est le rempart contre le faux, le contrefait ; elle garantit l’authenticité, l’intégrité et la véracité d’un fait.

Dans le sillage de la tradition biblique, le Moyen Âge exploite à outrance le procédé de réécriture. Le travail des auteurs du Moyen Âge consistait essentiellement dans la réécriture d’un texte ancien, ou d’une histoire très appréciée, en une ou plusieurs versions. Les textes pouvaient bénéficier de couches successives de remaniements passant d’une langue à une autre, du latin vers l’ancien français, puis vers le moyen français, et d’une forme à une autre, du vers à la prose. Ce procédé, qui se borne à répéter, à reprendre le même texte en créant plusieurs exemplaires, a non seulement permis la conservation des anciens textes, mais a grandement contribué à la transmission et à la modernisation du savoir. Par ailleurs, n’oublions pas les réécritures ou l’adaptation des contes de Charles Perrault ou des frères Grimm. En partant du XVIIe siècle, en passant par le XIXe et le XXe siècle, on retrouve une infinité de versions du Petit Chaperon rouge (ou autres contes) tant pour adultes que pour enfants.  Au-delà du simple fait d’« écrire par-dessus » (Durvye 131), du « palimpseste » (Genette, 1992), la réécriture s’impose comme une forme innovante puisque non seulement elle répète un thème, mais elle détourne aussi, imite, voire transforme.

Pourtant, après les termes de « répétition, reprise, retour, épuisement, correction, réexamen, leitmotiv, variation : aucun terme ne semble convenir aussi bien que celui de « ressassement » pour désigner les modes d’écriture propres à la modernité » (Benoit et al., Quatrième de couverture). Si pour Dominique Rabaté, l’émergence de ce type d’écriture peut remonter au XIXe siècle, voire au XVIIIe (avec Rousseau), le terme « semble consubstantiellement lié à Blanchot » (18), pour lequel la temporalité du ressassement s’inscrit dans un mouvement cyclique. « Avatar de la répétition » (Rapak 95), le ressassement serait donc l’expression d’une charge obsessionnelle, émotive ou expérimentale. D’ailleurs, dans le champ de la psychanalyse, la répétition est ce « processus incoercible et d’origine inconsciente par lequel le sujet se met dans des situations pénibles, répétant ainsi des expériences anciennes sans se souvenir du prototype et avec, au contraire, l’impression très vive qu’il s’agit de quelque chose qui est pleinement motivé dans l’actuel » (Laplanche et Pontalis 86). Signe d’un processus aliénant, la compulsion à la répétition est un phénomène clinique, selon Freud dans Au-delà du principe du plaisir (1920), qui pousse le sujet à ressasser des images et des scènes d’un trauma vécu dans le passé. Ces réminiscences inconscientes de l’événement traumatique sont en fait une tendance de l’organisme à aller vers sa propre destruction, vers une pulsion de mort. La répétition s’avère alors comme une force destructrice pour le sujet lui-même et ceci à son insu. Toutefois, elle n’est pas la reproduction de l’événement traumatique, mais une élaboration permanente du trauma pour pouvoir mieux le traiter, le contrôler. Au niveau textuel, c’est la scénarisation de l’événement qui mène l’écrivain à écrire, à créer par le jeu des reprises, des modifications, des dispositifs narratifs, énonciatifs et discursifs, non seulement une manière consciente de se souvenir, mais aussi un moyen actif de maîtriser le trauma et de le rendre assimilable. Par l’entremise de ces créations littéraires, l’écrivain reconstitue son cheminement psychique, retraverse des affects éprouvés ou non au moment de l’événement et revisite, à son rythme, des lieux intimes que la mémoire textuelle va remettre au jour afin de continuer le travail de reconstruction psychique.

Dans la pensée freudienne, la répétition est une compulsion alors que dans les approches kierkgaardienne et deleuzienne, il faut comprendre celles-ci comme une « une mise en avant », une possibilité de renouveau, car que serait la vie sans la répétition?, s’interroge Søren Kierkegaard. Quel est l’intérêt de redire un discours, de refaire des gestes quotidiens, de revivre un amour, de renouer des liens d’antan, d’observer le mouvement rituel des vagues qui viennent mourir sur la plage ? Selon Kierkegaard, la répétition n’est pas un « pur répéter », mais « un ressouvenir en avant » (1972 : 3). Le sujet va retrouver le chemin de la vérité en se regardant lui-même, en cherchant intérieurement une vérité déjà connue. Cela dit, à cause de la modernité, l’âme et la vérité sont déconnectées. Le sujet est alors exilé dans un monde dans lequel il n’a plus le temps de s’introspecter pour comprendre son origine. Dès lors, il a besoin de la répétition pour retrouver en lui la mémoire de sa destinée, car seule la répétition permet une « reprise en avant » (1990 : 65) pour aller à la rencontre de la vérité.

De même, selon Gilles Deleuze, la répétition reflète en particulier une dimension ontologique de notre rapport au monde. Bien que la vie semble fourmiller de répétitions, de petites différences surgissent dans les interstices de la répétition. Dans cette perspective, l’individu se définit par sa capacité d’affecter et d’être affecté par ces réseaux de relations, de tensions, entre répétitions et différences. Avec Deleuze, la répétition ne prend tout son sens que grâce, ou à cause de l’œil de celui qui la perçoit : « La répétition ne change rien dans l’objet qui se répète, mais elle change quelque chose dans l’esprit qui la contemple » (97). Loin de se fermer dans un cercle vicieux, la répétition ouvre la porte à de nouvelles possibilités, de nouvelles visions, voire à son propre évincement dans la différence et, par là même, à l’innovation. Un potentiel de transformation émane ainsi de la répétition de la même expérience, des mêmes gestes.

 

Plusieurs études ont été consacrées à la notion de la répétition dans des domaines spécifiques comme la psychanalyse, la philosophie ou la rhétorique, mais, à ce jour, aucune étude n’a examiné cette notion dans les textes littéraires du Moyen Âge à nos jours. Notre ouvrage collectif comblera cette lacune. Afin d’alimenter la réflexion, sans la limiter, voici quelques questions, parmi tant d’autres, sur lesquelles nous vous proposons de réfléchir :

  • Quelles sont les modalités de la répétition dans les textes littéraires ?
  • Y a-t-il une typologie de la répétition ?
  • En tant que procédé de création, de quelles manières la répétition fonctionne-t-elle ?
  • Quelles sont les formes du discours au service de la répétition?
  • Comment s’articulent la répétition et la différence ?
  • Quelle est l’intentionnalité de la répétition dans le texte littéraire?

 

Pistes et axes de recherche

  • Génétique textuelle
  • Figures de rhétorique de la répétition
  • Réécriture, reprise, ritournelle, leitmotiv
  • Analyse du discours/structuralisme
  • Répétition et esthétique
  • Répétition et intertextualité/dialogisme
  • Répétition et psychanalyse
  • Répétition et création
  • Écriture du ressassement

 

Bibliographie indicative, mais non exhaustive

Benoît, Éric, Michel Braud, Jean-Pierre Moussaron, Isabelle Poulin et Dominique Rabaté (dir.), Écritures du ressassement, Bordeaux : Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Modernités », 2001.

Deleuze, Gilles, Différence et répétition, Paris : Presses universitaires de France, 1968.

Durvye, Catherine, Les réécritures, Paris : Ellipses, coll. « Réseau », 2001.

Frédéric, Madeleine, La Répétition. Étude linguistique et rhétorique, Tübingen, M. Niemeyer, 1985.

Freud, Sigmund. 1920. « Au-delà du principe de plaisir », traduit de l’allemand par le Dr. S. Yankélévitch en 1920 revue par l’auteur, dans Essais de psychanalyse, Paris : Éditions Payot, 1968: 7- 82.

Genette, Gérard, Palimpsestes, Paris : Seuil, 1992.

Gignoux, Anne-Claire, La récriture. Formes, enjeux, valeurs. Autour du nouveau roman, Paris : Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2003.

Laplanche, Jean et Jean-Bertrand Pontalis (1967), Vocabulaire de psychanalyse, Paris : Presses Universitaires de France, 1994.

Kierkegaard, Søren, La Répétition, traduit du danois par Nelly Viallaneix, Paris : Garnier Flammarion, 1990.

Kierkegaard, Søren, La Répétition, traduit du danois par Paul-Henri Tisseau et Else-Marie Tisseau, Œuvres complètes, Paris : Orante, 1972.

Molinié, Georges, « Problématique de la répétition » , Langue française, n°101, 1994: 102-111.

Rabaté, Dominique, « Singulier, pluriel », in Benoît, Éric, Michel Braud, Jean-Pierre Moussaron, Isabelle Poulin et Dominique Rabaté (dir.), Écritures du ressassement, Bordeaux : Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Modernités », 2001: 9-20.

Rapak, Waclaw, « Le ressassement et son enjeu existentiel », in Benoît, Éric, Michel Braud, Jean-Pierre Moussaron, Isabelle Poulin et Dominique Rabaté (dir.), Écritures du ressassement, Bordeaux : Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Modernités », 2001: 95-106.

 

Consignes et calendrier

Nous soumettrons le projet à la maison d’édition Peter Lang Publishing qui a émis un intérêt pour la publication du volume. Les propositions seront jugées en fonction de leur pertinence dans le cadre de l’ensemble de l’ouvrage

  • Veuillez envoyer votre proposition à Loula Abd-elrazak (abd-elrazak@uwaterloo.ca) et à Valérie Dusaillant-Fernandes (vcdusail@uwaterloo.ca) au plus tard le 30 janvier 2018. Cette proposition d’environ une demi-page (entre 250 et 300 mots) devra être accompagnée d’une courte notice biobliographique.
  • Les notifications des propositions retenues seront envoyées au plus tard le 30 février 2018.
  • La date limite pour soumettre la version finale de l’article est le 30 juin 2018.
  • Les articles ne doivent pas excéder 45 000 signes, espaces et notes compris.

Rêver le Nouveau Monde: l’espace colonial nord-américain au théâtre et dans la fiction française du XVIIIe siècle

Colloque international

Carleton University (Ottawa, Canada)

26-27 avril 2018

 

Pendant que vous êtes en train

D’apparier, ma bonne dame,

Je veux aussi de votre main

Avoir, s’il vous plaît, une femme.

Faites-moi cette grâce-là,

Je me sens une forte envi, i i i i i i e

De demeurer en Canada,

Pour renforcer la coloni i i i i i i e.

—A.-R. Lesage, Les mariages de Canada (1734)

 

Dans le cadre d’un projet de collaboration intitulé La Nouvelle-France sur les planches parisiennes au xviiie siècle : contribution à l’histoire de l’imaginaire par l’édition de comédies oubliées (CRSH, FFCR), le CELLF 16-18 (Paris-Sorbonne) et le Département de français de l’Université Carleton (Ottawa) sollicitent des propositions de communication auprès des spécialistes (professeur.e.s et étudiant.e.s) en vue d’un colloque international qui aura lieu les 26 et 27 avril 2018 à l’Université Carleton d’Ottawa.

À la recherche des sources livresques du Discours sur l’origine de l’inégalité de Rousseau, Gilbert Chinard explorait, dans L’Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle (1913), l’essaimage et la circulation des discours sur les Amériques produits en français depuis Montaigne. Selon lui, « [s]i on ne les [idées] trouve pas dans la grande littérature du XVIIIe siècle, il est cependant possible, grâce aux récits des voyageurs et des missionnaires, de suivre leur développement à travers plus d’un siècle, de montrer les points d’affleurement de ces courants souterrains et de reconstituer les anneaux de la chaîne qui relie Jean-Jacques Rousseau à Montaigne » (p. v-vi). Reconnaissant qu’il existe, sur le plan des représentations, des nuances inhérentes aux grandes régions les plus connues du Nouveau Monde, il concède qu’« [a]u point de vue littéraire, nous ne pouvons cependant séparer les deux Amériques. S’il y a véritablement, comme nous le croyons, un exotisme américain au XVIIIe siècle, exotisme méridional et exotisme septentrional présentent tant de ressemblances et leurs influences respectives sur le mouvement des idées se confondent si bien qu’on est en droit de les réunir » (p. 1).

Au-delà de l’exotisme bien réel étudié par Chinard, l’Amérique du Nord (Acadie, Canada, Louisiane, Pays d’en Haut, Terre-Neuve, Floride et les treize colonies anglaises) des relations de voyage a suscité force rêveries dans la fiction française du XVIIIe siècle, tant au théâtre que dans les nouvelles, les romans et la poésie. Parmi les motifs récurrents, on retrouve : l’exil forcé au Canada pour mauvaise conduite (souvent par lettre de cachet), les rapports conflictuels entre l’élite coloniale métropolitaine et les colons, la légèreté des rapports amoureux, l’authenticité des sentiments, la possibilité d’améliorer sa condition (même pour les valets), l’attrait de la liberté, l’appel de la nature, les rapports polarisés avec les Amérindiens, ainsi que toute la nébuleuse thématique relevant du bon sauvage. Pour la plupart méconnues, ces œuvres ont façonné, en marge des éblouissantes Lumières, un continent imaginaire parfaitement régulé qui nous renseigne aujourd’hui sur les espoirs d’auteurs parfois très prolifiques (Lesage et Fuzelier, mais aussi Bricaire de la Dixmérie et Madame de Gomez), les attentes de divers public, l’état de leurs connaissances présumées sur l’Amérique du Nord (en particulier la Nouvelle-France) et leur tolérance à l’égard du prévisible et de l’originalité. Bien que le projet se concentre sur le théâtre, en raison de la richesse insoupçonnée du corpus et la volonté de l’équipe de procurer des éditions critiques, ce colloque accueillera volontiers les contributions traitant de la mise en fiction de l’Amérique du Nord dans la France du XVIIIe siècle.

Veuillez noter que la langue de travail sera le français et que le colloque se conclura par un atelier d’édition critique des pièces du corpus. Les communications de 20 minutes seront suivies d’une période de 10 minutes de discussion. La publication d’un ouvrage collectif issu de ce colloque est prévue. Veuillez noter que les frais de déplacement et d’hébergement ne sont pas pris en charge par les organisateurs.

 

Prière d’envoyer vos propositions (titre et résumé de 150 mots) avant le 1er décembre 2017 à Sébastien Côté : sebastien_cote@carleton.ca

 

Comité organisateur

Sébastien Côté (Université Carleton, Ottawa)

Pierre Frantz (Université Paris-Sorbonne)

Sophie Marchand (Université Paris-Sorbonne)

 

Partenaires : Fonds France Canada pour la Recherche ; Conseil de Recherches en Sciences Humaines du Canada ; CELLF 16-18 (Université de Paris-Sorbonne) ; Bibliothèque dramatique (Labex OBVIL) ; Département de français (Université Carleton) ; Faculté des Arts et Sciences Sociales (Université Carleton).

Atelier XVIIIe siècle: Fiction des origines

University of Western Ontario, 9 février 2018

 

Organisé par Prof. Servanne Woodward

Department of French Studies

519-661-2111 ext 88962

En collaboration avec les philosophes « scientifiques », les romanciers et les artistes cherchent à comprendre les origines de l’humanité, en grande partie pour œuvrer à son bonheur de façon concertée. Mme du Châtelet va d’ailleurs réfléchir sur le bonheur, et Voltaire, Montesquieu, Rousseau, puis Kant sur les projets de paix, et le gouvernements les mieux entendus pour le promulguer, jusqu’aux révolutions qui pensent pouvoir offrir de nouvelles fondations politiques susceptibles de servir le bonheur des citoyens. Mais plus généralement, les principes de notre rapport au monde et aux êtres est recherché par une élaboration de ce qu’auraient pu être les origines de nos facultés: parler pour la première fois (Rousseau sur les origines des langues et des inégalités); voir pour la première fois (l’aveugle de Puisieux, Diderot); se trahir ou se détromper pour la première fois (peut-être avec Marivaux sur les principes de la relation amoureuse, ou Prévost); « découvrir » l’île de Saint-Pierre (Rousseau, Vigée-Lebrun…), ou Paris et la Perse (Montesquieu, Voltaire …) ; la découverte de l’amour et la fondation des contrats sociaux intéressent de plus près le siècle philosophique en association avec la métaphysique, ou en dissociation de cette dernière (Condillac). Il existe d’ailleurs un fort contre-courant mystique, et les mythes Chrétiens sur l’origine de l’humanité ne sont pas toujours abandonnés pour autant. Mais l’heure est plutôt à l’engagement philosophique pour comprendre notre relation au monde terrestre, et pour ce faire une vision de l’humanité avant la civilisation — ce qui donne lieu à des fantasmes exotiques (de la Suisse au « Nouveau Monde ») et parfois, sur nos rapports aux animaux ou aux « animaux » (Charrière, Bernardin de Saint-Pierre). Ce qui est visé par la fiction philosophique est aussi l’évaluation de notre place dans le monde et l’origine (et le bien fondé) de nos institutions.

Les communications de 15 minutes pour les tables rondes et 20 minutes pour les présentations ont lieu à l’Université Western (AHB 2R09), à 10h30-12h30 et 13h30-17h30.

Voltaire, Micromégas : « La taille de son excellence étant de la hauteur que j’ai dite, tous nos sculpteurs et tous nos peintres conviendront sans peine que sa ceinture peut avoir cinquante mille pieds de roi de tour; ce qui fait une très jolie proportion. »

Rousseau, « L’origine de l’inégalité parmi les hommes »:

« La famille est donc, si l’on veut, le premier modèle des sociétés politiques: le chef est l’image du père, le peuple est l’image des enfants; et tous, étant nés égaux et libres, n’aliènent leur liberté que pour leur utilité. Toute la différence est que, dans la famille, l’amour du père pour ses enfants le paye des soins qu’il leur rend; et que, dans l’État, le plaisir de commander supplée à cet amour que le chef n’a pas pour ses peuples. »

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. »

THÉOLOGIE ET LITTÉRATURE DANS LA FRANCE D’ANCIEN RÉGIME

VIIIe journée d’étude de la Société Ontarienne des Chercheurs en Ancien Régime

THÉOLOGIE ET LITTÉRATURE DANS LA FRANCE D’ANCIEN RÉGIME

 Queen’s University, vendredi 21 avril 2017

9h45 Accueil (Kingston Hall, The Red Room)

10h00 Théologie et poésie 

Douglass Hamilton (Université de Toronto) Religion et vengeance dans la Chanson d’Antioche

John Nassichuk (Université Western) Un poème marial de Denis Febvre, moine célestin : œuvre conceptionniste ?

11h15 Théologie et réécriture

Dorothea Kullmann (Université de Toronto) Les traductions françaises des Psaumes et les commentaires de la Bible. Quelques réflexions sur les livres dévotionnels de la fin du Moyen Âge

Loula Abd-elrazak (Université de Waterloo) Voix du ciel, voix de l’Église !

 

12h30 Déjeuner

 

13h30 Théologie et identité

Andreas Motsch (Université de Toronto) Religions comparées entre philosophie naturelle et paganisme au seuil des Lumières

Camelia Sararu (Université de Toronto) L’expression de l’identité confessionnelle chez les voyageurs européens en Orient au XVIIe siècle

14h45 Théologie et polémique

Louis Laliberté-Bouchard (Université McGill) L’inutile et l’indicible dans la relation de captivité d’angélique de Saint-Jean Arnauld d’Andilly

Francesca Fiore (Queen’s University) Luttes jansénistes, voix féministes 

16h00 Clôture

Les Sœurs chassées de Port-Royal en 1709 © Bibliothèque nationale de France

Représenter la Nouvelle-France sur les scènes parisiennes au XVIIIe siècle: balisage d’un imaginaire colonial perdu

Appel à communications

Journée d’étude

Université Paris-Sorbonne, 27 mai 2017


Abandonnons des lieux à nos vœux si contraires,
Où nous ferions je crois assez mal nos affaires ;
Où l’on estime peu l’esprit & les talents,
Où le mérite seul est de courir les champs,
De traverser les lacs, les forêts, les montagnes,
Où l’on ne fait l’amour qu’au milieu des campagnes,
Parmi le froid, la neige, entouré d’animaux,
Tous moins cruels encor, que ne sont vos rivaux.

—Dumaniant, Le Français en Huronie (1778)

 

Dans le cadre d’un nouveau projet de collaboration, le CELLF 16-18 (Paris-Sorbonne) et le Département de français de l’Université Carleton (Ottawa, Canada) sollicitent des propositions de communications auprès des spécialistes (professeurs et étudiants) pour sa première journée d’étude conjointe, qui se tiendra le 27 mai 2017 à l’Université Paris-Sorbonne.

Lorsqu’on pense aux représentations des Amériques dans la fiction française d’Ancien Régime, les premiers titres qui viennent à l’esprit relèvent du canon le plus étroit : Manon Lescaut, Candide ou L’ingénu, peut-être la 67e nouvelle de l’Heptaméron, mais moins probablement Les Indes galantes ou Les Incas. Une chose est à peu près certaine, cependant, personne ne citera Les histoires mémorables et tragiques de ce temps (1614), recueil de nouvelles de François de Rosset, où surgit pourtant cette étrange mention : « Ceste multitude de personnes, qui fait [de Paris] un petit monde, les doit tenir clos & couverts, à leur opinion, mieux que s’ils estoient en Canada ». Les spécialistes des écrits de la Nouvelle-France (1534-1763) savent que la colonie fut connue des élites européennes dès le XVIe siècle par le truchement des relations de voyage. Ainsi, contrairement à ce qu’on nous a plutôt mal enseigné, à défaut d’espaces conceptuels appropriés, les mentions de la Nouvelle-France abondent. Dans L’Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle (1913), Gilbert Chinard a d’ailleurs montré que ces récits de découvertes servirent de base à d’innombrables œuvres de fiction françaises aujourd’hui méconnues, dont les comédies Arlequin sauvage (1721) de Delisle de la Drevetière et Arlequin roi des Ogres, ou les Bottes de sept lieues (1720), d’Alain-René Lesage, Louis Fuzelier et Jacques-Philippe d’Orneval. Toutes deux reprennent parfois textuellement les Dialogues du Baron de Lahontan avec un Sauvage (1703) ou les Mémoires de l’Amérique septentrionale (1702) du même Lahontan.

 

Aussi, pour se faire une idée juste des différentes représentations de cette immense colonie sous l’Ancien Régime, faut-il impérativement explorer les marges de la tradition et en exhumer des pièces comme Le mariage fait par lettre de change (1735) de Philippe Poisson, Le Français en Huronie (1778/1787) de Dumaniant ou encore L’île du Gougou (1720) de Lesage, Fuzelier et d’Orneval. Des deux côtés de l’Atlantique, cette circulation des idées mérite un examen à rebrousse-poil d’œuvres confinées aux marges, ne fût-ce que pour y sonder l’imaginaire colonial de la France d’Ancien Régime aujourd’hui biffé des histoires littéraires.

 

En quoi des allusions à la Nouvelle-France au XVIIIe siècle enrichissent-elles une pièce, lui confèrent-elles un je ne sais quoi de piquant ? D’où vient cet intérêt qui perdure au-delà de la cession de la Nouvelle-France à l’Angleterre ? Quelles sont les sources les plus probables des lieux communs véhiculés tout au long du siècle ? Que pouvait apporter aux représentations de la Nouvelle France la dimension visuelle et performative du théâtre ? Ces pièces occupent-elles une place spécifique parmi celles qui évoquent l’exotisme et l’utopie ? Ou encore, plus fondamentalement, de quoi parle-t-on dans ce corpus composé d’une vingtaine de pièces ?

 

Prière d’envoyer vos propositions (titre et bref résumé) avant le 1er mars 2017 à Sébastien Côté sebastien_cote@carleton.ca et Pierre Frantz frantzp@club-internet.fr

 

Comité organisateur

Sébastien Côté (Université Carleton, Ottawa)

Pierre Frantz (Université Paris-Sorbonne)

Sophie Marchand (Université Paris-Sorbonne)

 

Partenaires : Fonds France Canada pour la Recherche ; Conseil de Recherches en Sciences Humaines du Canada, CELLF 16-18 (Université de Paris-Sorbonne) ; Bibliothèque dramatique (Labex OBVIL) ; Département de français (Université Carleton).

Atelier du XVIIIe siècle sur la danse

La danse permet la mise en spectacle du pouvoir pour Louis XIV qui a fondé l’Académie de danse française (la seule qui passe par des notations écrites). Au début de son règne, il se produit dans des spectacles, ou bien à l’opéra: puis il cesse de s’exposer de la sorte à 32 ans. Qu’en est-il de la danse non pas dans les spectacles mais en littérature ? Le maître à danser d’Arlequin « poli par l’amour » ne lui enseigne que la bourrée. Mlle de Clermont reçoit un habit de bal qui la rend resplendissante au bal que boude M. de Melun (pp. 16-17) dans le roman de Mme de Genlis, et Mme de Nevers participe à un quadrille russe (pp. 96-97) dans Edouard, une œuvre de Madame de Duras.[1] Paul et Virginie dansent selon les leçons des noirs de l’Ile de France. Trouvez des descriptions de danses dans les travaux romanesques ou anthropologiques du dix-huitième siècle « français »… Venez partager des passages de roman sur la danse à comparer et à étudier à l’atelier que proposent Servanne Woodward, Jean Leclerc, Brian McMillan,   Jessy Neau, Massimiliano Aravecchia, et Aleksandra Gieralt de Western, invitant Andreas Motsch de l’Université de Toronto (Motsch@chass.utoronto.ca), ses étudiants et ses amis.

Vous pouvez vous joindre à nous le 16 février, de 12h à 15h30 salle 2R09 AHB sur le campus de Western, avec quelques photocopies de votre texte de bal d’Ancien Régime favori. Pour plus d’informations, contactez Servanne Woodward à swoodwar@uwo.ca

[1] Mme de Genlis Mademoiselle de Clermont ; Mme de Duras Edouard, postface de Gérard Gengembre (Paris: Editions Autrement, 1994) 6-56; 57-151.

Conférence de Michèle Rosellini

 

Libertinage et féminisme au XVIIe siècle. L’exemple des contes de La Fontaine

Conférence de Michèle Rosellini (École Normale Supérieure de Lyon)

Jeudi 17 Novembre 2016, à 16h

Wilfrid Laurier University, BA 404

Organisation et contact: Nathalie Freidel

nfreidel@wlu.ca